mercredi 30 septembre 2020

You may say I'm a râleur

John Lennon chantait, dans Imagine : "You may say I'm a dreamer"...

En ce qui me concerne, vous pourrez dire que je suis un râleur. Et je serai bien d'accord. Parce que ça m'énerve de me découvrir râleur. Mais, si je suis devenu râleur, c'est sans doute aussi parce qu'on nous prend continuellement et constamment pour des cons. Et que j'en ai marre d'être pris par un con... surtout par n'importe qui.

On en est arrivé au point que, pour te confier une mission d'une heure (officiellement, puisqu'elle est payée à ce tarif - quand elle t'est payée finalement - parce qu'ils ont inventé un nouveau concept : le CDD de mission : en principe, tu es salarié. Pour 5 mn, pour 1 h, pour 1 journée. Mais si tu ne présentes pas le résultat obtenu, on te dit: c'est pour ta pomme, t'es pas payé, et les frais, c'est pour ta pomme aussi).

Donc, déjà, on part avec un sacré handicap ... !

Ensuite, on te dit: si tu veux ce job de merde (enfin job, c'est un gros mot, tellement il est grand), il faut :

1)  que t'aies un téléphone portable, et pas n'importe lequel: un smartphone. Prix des smartphones ? Ça commence aux environs de 150 € pour un machin qui sera obsolète dès que tu auras franchi la caisse - après paiement - et ça va jusqu'à plus d'1 mois de salaire pour une bouse siglée avec la pomme.

2) que tu télécharges une appli. Donc que tu aies le net sur ton bousin. Prix d'un abonnement mobile ? Depuis 2 € pour 10 Mo de data (qu'est-ce que tu vas foutre avec 10 Mo de data ?) et ça va jusqu'à 73 €/mois pour un illimité...

3) cela, en plus de ton abonnement internet à la maison : abonnement fixe ? qui oscille entre 29,99 et 99,99 € par mois. Pour que tu puisses répondre à l'offre de merde et postuler.

4) tu dois prendre ta voiture, pour aller sur le point de vente (tarif du remboursement: 0,15 à 0,30 €/km, quand on ne te colle pas un forfait calculé à vol d'oiseau dans les pattes - pratique quand t'es dans les Alpes, et que tu dois passer de vallée en vallée). Je vous fais grâce des coûts d'acquisition de la bagnole (parfois, on exige qu'elle soit premium), de son entretien, du carburant, de l'assurance, des prunes que vous allez immanquablement vous farcir...

5) on te demande également d'être sapé en costard-cravate pour les hommes, en tailleur Chanel pour les dames (attends connard, si j'avais les moyens, tu crois que je soumissionnerais à ton offre d'esclavagiste ?).

6) enfin, cerise sur le gâteau, alors que tu as postulé depuis 15 jours, on t'appelle juste 1 heure avant - à toi de te dém... débrouiller pour te libérer.

7) quand on ne te propose pas un simple remboursement de tes achats à hauteur de 10 à 12 €. Ne rigolez pas, ça m'est arrivé. J'ai demandé si on avait en prime un chewing-gum usagé. La connasse l'a mal pris; elle m'a dit: si ça ne vous convient pas, vous n'êtes pas obligé d'être désagréable.

Eh ! va te faire foutre !

lundi 28 septembre 2020

Nouvelles de la vie d'avant


Je discutais tout-à-l'heure avec une personne qui travaille encore dans mon ancienne direction. Pas exactement une collègue, mais bon, elle voit du monde passer... et a accès à pas mal d'infos.

C'est de pire en pire. Les services sont à l'os, et les collègues n'en peuvent plus, entre ordres, contre-ordres, fermetures de sites, redéploiements et tutti quanti. Elle me parlait de nouvelles privatisations de services. 

Autant dire que pour les missions de contrôle fiscal, ça parait compromis ;  quant aux subventions et autres avantages, les employeurs se les calculeront et se les défalqueront tout seuls, quitte à réclamer le différentiel. Un hypothétique contrôle s'opérera a posteriori, si on a le temps, les agents pour le faire, et surtout l'accord de l'encadrement.

Beaucoup de collègues partent à la retraite, quelques nouveaux sont recrutés -toujours avec statut de fonctionnaire (ça m'a étonné)- qui sont très vite formatés aux nouvelles normes.

Même si j'avais joui de santé suffisante pour aller jusqu'à l’échéance de la retraite légale, je ne sais pas si j'aurais pu supporter la nouvelle donne. Il parait qu'on croise des zombies dans les couloirs.

Je me console en me disant que je suis parti au (relativement) bon moment.

Et, à l'heure où les entreprises licencient en masse, qu'il n'y a plus de boulot, certains génies s'ingénient... Retraites: Le Maire juge la réforme "indispensable" et attend le calendrier.
Le ministre de l'Economie attend du président Emmanuel Macron et du Premier ministre Jean Castex une date pour relancer cette réforme explosive.

Migration

 

C'est décidé, je migre !

Quitte à me faire pourrir mon blog par de la publicité intempestive, autant en profiter. Bien sûr, je suis conscient que tomber dans le giron de Gogole, c'est (un peu) renier mes principes... mais j'ai essayé d'en manger en salade, justement hier, des principes, et je dois convenir que ce n'est pas très nourrissant.

Alors, je fais comme au judo. J'utilise la force de l'autre pour la canaliser dans le sens où je veux aller. En l'occurrence, mettre en avant ma production, ce que ne me permet pas over-blog.com, à moins d'opter pour une solution payante. 

Ce n'est pas avec ce que je gagne que je vais pouvoir la financer. Et je n'ai pas encore l'ego suffisamment boursouflé pour me payer de la publicité (Amazon et Iggybook me le proposent déjà, soi-disant pour booster mes ventes) ; ou me mettre à payer pour avoir le plaisir de voir mon œuvre immortelle fixée sur papier - j'en ai trop connu des auteurs auto-édités qui courraient le cachet... vous gonflaient le mou pour au final vendre 2 malheureux bouquins.

Car j'ai également compris -entre autres choses- que les gens prennent tant que c'est gratuit et, hormis une exception notable, ne sont pas prêts à mettre la main à la poche, ne serait-ce que de manière symbolique.

Et, symbolique, on ne peut pas dire que je ne le sois pas : entre 0,99 et 2,49 € maxi pour un ouvrage traduit, est-ce la ruine ?

dimanche 27 septembre 2020

De la vente

 

Si on réfléchit bien, il y a autant de pratiques de vente qu’il y a de vendeurs, chacun adaptant des méthodes à sa personnalité. C’est ce que du moins je me suis attaché à faire, en ce qui me concerne.

Par exemple, je sais que je ne suis pas fait pour la vente aux particuliers –et je sais pourquoi. Trop intrusif, trop manipulatoire ; on doit influencer ses sentiments, son inconscient, plus que son raisonnement logique et objectif.
J’ai ainsi travaillé quelque temps dans une équipe qui vendait des assurances-vie pour le groupe GAN - pour ne pas le nommer. À cette fin, on m’a fait tourner en tandem avec un vendeur ayant de bons résultats (évidemment) et apprendre un argumentaire.

En quoi constituait l’argumentaire ? il ne s’agissait pas comme je le pensais, béotien que j’étais, de développer les principales objections ainsi que les arguments pour lever les freins. Non. Au lieu de cela, il s’agissait d’une construction logique, dite « en entonnoir », enfermant le prospect dans une logique où il ne pouvait refuser.
À moins d’incohérence, ou d’esprit suffisamment fort pour combattre le conflit interne qui serait irrémédiablement engendré, le client devait être amené infailliblement à souscrire le contrat proposé.

La goutte qui a fait déborder mon vase, c’est lorsque, avec l’inspecteur qui encadrait l’équipe, nous sommes allés rendre visite à une vieille dame qui voulait résilier son assurance. Non seulement il ne l’a pas résiliée, mais, de plus, il l’a complètement retournée et fait augmenter sa cotisation – alors qu’elle voulait résilier justement parce qu’elle n’avait pas les moyens !
Pour le coup, j’ai rendu le soir-même où je l’ai obtenue ma carte professionnelle, qui avait été confiée aux bons soins du patron de bar où l’équipe se réunissait. On notera au passage la délicatesse du procédé et le formalisme.

Ensuite de ça, j’ai eu un chef qui m’aimait bien, me servant de mentor. S’agissant de vente à des professionnels, les techniques étaient différentes, et finalement de bonne guerre : au professionnel aussi de se montrer à la hauteur de la négociation. Je peux vous assurer que quand vous retrouvez face à un chef de rayon, de département en GMS, ou encore un directeur d’hypermarché, vous avez intérêt à vous accrocher ! Chochottes, s’abstenir.
Déjà, quand vous arrivez, vous avez un minimum de 40 minutes (ça c’est si on vous aime bien et qu’on a absolument besoin de vous et en urgence) à 1 heure d’attente syndicale. Et attention ! Si la secrétaire de l’accueil qui vous file votre badge a noté 5 minutes de retard par rapport à l’heure fixée de rendez-vous, vous en entendez parler pendant un bon quart d’heure.
Car la logique veut que l’attente soit faite pour vous « assouplir » en vue de la négociation, vous placer en position défavorable de soumission et d’infériorité (sachant que votre entreprise vous impose des quotas irréalisables – j’ai ainsi travaillé dans une boite où vous deviez aligner 6 RV par jour, dont la moitié en hyper, sur des distances quotidiennes de 200 à 400 km – irréalisable, ou alors vous vous tirez une balle dans la tête). En revanche, votre client qui vous fait attendre est une personne importante, hyper-sollicitée, qui n’a pas un instant à soi, et arriver 5 minutes en retard constitue une offense mortelle – même si vous vous excusez platement. A ceux qui douteraient, essayez !

Ce chef donc, Bernard A., était capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Et c’est ce qui me posait problème précisément, ce n’importe quoi. Parce qu’en tant qu’adjoint technique, c’était à moi de me décarcasser pour réaliser ce qu’il avait promis et vendu. Et ce n’était pas tous les jours que je rigolais.
Un collaborateur du journal La Montagne, avec lequel je travaillais parfois en synergie - alors qu’en fait il me supervisait et surveillait - m’a raconté l’avoir vu un jour courir sur un quai de gare pour faire signer un bon de commande à un client dont le train était en partance…
Lamentable image qui m’a un peu consolé des misères qu’il m’infligeait.

Repoussé par cette image du commercial capable de vendre tout et n’importe quoi pourvu qu’il vendît et perçût sa commission, je ne m’engageais jamais que sur ce que j’estimais réalisable. Acculé parfois, je préférais utiliser les conditionnels suspensifs plutôt que d’assurer à mes clients monts et merveilles bâtis sur le sable.
J’œuvrais sur le long-terme, le renouvelé, et non le one-shot arraché par l’escroc. Mes clients finirent par le comprendre. Ils m’accordèrent ainsi une confiance méritée et le succès, long à venir, ne se démentit pas lorsqu’il fut enfin là.
Chez Delta, la troisième année fut ainsi celle de la reconnaissance et du succès. Je n’avais plus le temps de démarcher les clients, ils venaient à moi d’eux-mêmes, forts de recommandations de leurs confrères. Les commandes se succédaient. Revenant un jour d’une petite semaine de congés, je me suis fait enguirlander parce qu’ils attendaient sur le pas de ma porte… c’est pas beau ça ?
De même, dans l’édition, je fus amené souvent à gérer moi-même le rayon, ne voyant le libraire que pour les nouveautés ou cas particuliers. Quand j’ai quitté la société, dans les conditions délicates que j’ai décrites , une libraire m’apprit, quelque temps plus tard, que les nouveaux représentants (qui se succédaient à une allure folle) affirmaient ne jamais avoir entendu parler de moi, ce qui est admissible ; mais encore que je n’avais jamais travaillé dans la société, ce qui l’était beaucoup moins. J’en ris, et demandais à mes clients d’en tirer les conséquences, eux qui m’avaient vu sur le terrain.

Il n’empêche que, parfois, on aime bien tirer la queue du Mickey, se faire plaisir à bon compte. Ainsi en fut-il avec l’EDHEC de Nice, en cours d’ouverture, et dont je devais équiper la médiathèque. Relancée par téléphone sur le devis que je lui avais soumis, la documentaliste en chef me dit qu’elle acceptait le devis et m’invita à passer pour signer. Sauf que, au dernier moment, elle tenta de négocier de meilleures conditions.
S’ensuivit un morceau de bravoure, où je jouais pour une fois le rôle de l’escroc (mais quand on sait les tarifs de la scolarité à l’EDHEC, ça m’ôte définitivement tout remords) :
-- Il faudrait que je suive de cours chez vous alors ! Parce que moi, je n’ai pas fait les grandes écoles, et que pour moi, il y a 2 sortes de vendeurs : ceux qui vendent du prix, et qui vous font des remises à tout-va, ce qui n’est pas sérieux ; et ceux qui, comme moi, vous font une proposition au plus juste, pour coller à la réalité et tenter de passer. Alors, évidemment, comme c’est calé au plus juste, ne reste plus beaucoup de marge de manœuvre… mais je vais néanmoins tâcher de voir si on ne peut pas faire un geste. 2000 étiquettes en plus gratuites, ça vous va ? (contrevaleur : environ 200 FF ou 30 €).
Même pas honte.

You may say I'm a râleur

John Lennon chantait, dans Imagine : "You may say I'm a dreamer"... En ce qui me concerne, vous pourrez dire que je suis un râ...